Passeporc

Les voyages forment la jeunesse.  C’est ce qu’on dit.  J’en sais rien.  Je n’ai jamais eu la chance de participer à un voyage éducatif.   En 6e année, on offrait aux élèves de mon école de visiter Boston.  À moi, on offrit de visiter un local isolé où purger calmement une suspension interne.  Même chose pour New York en secondaire IV.  On refusait de me trainer à l’extérieur du pays. Pourquoi? Parce que j’étais trop tannant, un peu hyperactif et que je disais constamment des niaiseries en classe.  Ça c’était en 6e année.  Au secondaire je vendais de la drogue, c’était plus justifiable.   

Par chance, je ne restai pas marqué par ces douloureux épisodes de réclusion.  À la fin de mes études secondaires, je poursuivis un temps mon rêve de finir mes jours en prison avant de réorienter ma carrière vers l’écrivage de niaiseries.  Pendant ce temps-là, Max, un camarade de classe, s’enrôlait dans l’armée.  Il disait que les «Forces» lui permettaient de parcourir le monde tout en développant de fortes valeurs d’entraide, de confiance et de solidarité. 

Après quelques années de services, Max a été envoyé en Afghanistan.   Fort heureusement, sa bonne étoile le garda en vie.  Seulement, en revenant au pays, il dû refuser mon invitation à aller prendre un verre parce qu’il avait autre chose à faire.  Il était accusé de viol et de torture et devait passer quelques années dans une prison militaire.  S’il avait pu, il m’aurait écrit.  Cinq ans plus tard, en sortant, il m’a raconté qu’il n’avait jamais violé ou torturé qui que ce soit.  Il avait dû accepter de prendre le blâme avec ses équipiers.  Son sergent lui avait enfoncé un gun dans yeule en lui rappelant ses fortes valeurs d’entraide, de confiance et de solidarité.

Il y a quelques semaines, on annonçait que le colonel Russell Williams avait été reconnu coupable de viol et de meurtre.  Pas en Afghanistan.  Ici, au Canada.  Un de ces hommes qui inculquent aux recrues «Forcenés» ces belles valeurs que sont l’entraide, la confiance et la solidarité est accusé de s’être introduit par effraction dans des êtres humains.  En l’apprenant, j’ai appelé Max.  Il m’a dit quelque chose d’amusant : «Une érection c’est comme une arme, c’est pas parce que t’en a une que t’es obligé de t’en servir

S’il avait été dans ma classe, je me demande si le colonel Williams aurait eu le droit d’aller à Boston et à New York, lui.

2 réponses à “Passeporc”

  1. G. Pomerleau dit :

    Arrivé ici par surprise. Et quelle surprise!!!
    merci pour ce judicieux et très beau papier… j’ai, moi aussi, fait mon service, moi aussi j’en ai fait une partie derrière les barreaux (ce qui est déconseillé quand on est, comme moi, MP), à quelques reprises, d’ailleurs. Parce que quand on sait se servir de son cerveau, on n’y reste pas très longtemps.
    inutile de préciser que j’entérine également les propos de Max.
    Quand on est, comme Max ou moi, qu’on n’a pas de galons, on paie et on réfléchit. Quand on a des galons, on passe aux actes et, parfois, on se fait prendre.

  2. ravarys dit :

    Wow, merci beaucoup. Je suis content d’avoir du feedback positif de quelqu’un qui est passé par là. Souvent on lance une opinion en l’air en ne sachant trop ce qu’elle vaut mais quand ça rejoint ne serait-ce qu’une personne, ça donne de la tangibilité à ce qu’on fait.

    Merci encore et revient faire ton tour de temps en temps j’update une fois par semaine, au plaisir de relire un de tes commentaires.

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