Ça y est. Je suis amoureux. Et cette fois, je l’aime d’amour. Mon cœur, mon preux chevalier, caresses-moi encore de ta douce plume. Je me délecte de tes mots comme du fruit défendu. Comme j’aime quand tu m’allaites de tes opinions. Ô mamelle idoine qui me nourrit de sa pertinence. Redis-moi encore comme les Haïtiens sont lâches. Tu le dis si bien.
Il s’appel Patrick. Patrick Lagacé. C’est un journaliste. Il écrit dans un quotidien borderline bolchévique que je ne lis pas d’ordinaire parce qu’il véhicule des idées de gauche un peu trotskistes à mon goût. Heureusement Patrick est différent. C’est un maitre du consensus. Un artiste de l’unanimité. Un ninja de l’homogénéité. Il vole haut dessus de toutes ambitions polémiques et lève le nez sur la perfidie pamphlétaire dont font trop souvent preuves les gazetiers. L’intégrité il en fait son affaire. Il ne serait pas du genre à écrire n’importe quoi simplement pour brasser de la marde, mon Patrick. Il est tempéré comme une grosse 50. Je n’en connais pas de plus réfléchis, à part peut-être Richard, son féal animateur aux Francs-Tireurs.
Il y a deux semaines, il m’a séduit, le coquin. Il a réveillé en moi des sentiments que je croyais endormis à jamais en publiant un article[1] qu’on peut qualifier, sans se tromper, de bijou.
En direct de l’archipel des sans-scrupules, groundé comme un paratonnerre, il nous lance rien de moins qu’un cri du cœur empreint de vérité sur la passivité des Haïtiens d’Haïti, les noirs surtout, et sur la corrélation entre cet avachissement et le calvaire dans lequel ils se vautrent. Courageux dites-vous? Bin qu’in. Il en faut des belles grosses couilles pour écrire tout noir ce que pensent tous blancs. Si je laissais mon cœur parler je l’appellerais prophète mon Patrick. Mais attention. N’allez pas croire que je me suis laissé attendrir uniquement par sa prose romanesque et son ouverture d’esprit folichonne. Tut-tut-tut. C’est son argumentaire qui ma conquis. Une suite ininterrompue de preuves justificatives vitaminées servies dans un bouillon de dialectique qui aurait su faire sortir Socrate de Platon. Exemple : «Ça commence avec votre chauffeur, qui, même s’il ne sait pas comment aller aux Cayes, va mentir et vous dire qu’il sait comment aller aux Cayes.»
D’autres eurent été tentés de tomber dans la facilité, dans la généralisation. Ce serait bien mal connaitre l’élu. Élégant comme Céladon, agile comme Scaramouche, je vous préviens, cher Mirmidon, qu’à la fin de l’envoi, il touche.[2]
Poursuivant donc, il ouvre la ligne puis la bouche : «J’en ai assez des charades. Tout le monde fait semblant. Même moi, je fais semblant. Je fais semblant que le foutoir haïtien n’est qu’extérieur au peuple. En montrant les faiblesses de l’État, je disculpe le peuple haïtien.» Badabing, dans la brioche! Le tremblement de terre n’est autre qu’une pitoyable excuse derrière laquelle les Haïtiens cachent leur laxisme. Patrick sait vous marteler de ces réflexions atteignant 3000 sur l’échelle de Richter et qui font trembler les âmes comme les shorts. L’apothéose n’en est que plus savoureuse ; tiens bien ta broche, Laridon[3] : «Or, désolé, mais les Haïtiens, collectivement, sont d’une passivité épouvantable, déprimante et délétère. Je crois avoir décrit l’urgence avec suffisamment de compassion pour avoir le droit, ici, juste une fois, de dire que les Haïtiens participent activement à leur malheur. Par passivité, justement. […] Et nous? Continuer à aider Haïti exactement comme avant le 12 janvier, c’est créer une autre génération de misère, d’orphelins et de bullshit.» À la fin de l’envoi, il touche.
D’aucuns vous le diront, ça sent le Pulitzer…
Je connais peu Patrick Lagacé et loin de moi l’idée de penser ne serait-ce qu’une seconde qu’il ne fait pas une job honnête. Seulement, le papier dont je viens de vous parler n’est pas digne de ce qu’on attendrait d’un gars comme lui. Ce n’est pas tout le lectorat de La Presse qui sait faire preuve de discernement. Malheureusement, savoir lire ne veut pas toujours dire savoir juger. Pourquoi aller mettre des arguments dans la bouche de gens qui en feront mauvais usage? Pourquoi devenir une référence citée dans des conversations kukluxklaniennes? Parce que c’est précisément ce qui risque d’arriver. D’autres comme moi, sortiront aléatoirement des passages du texte pour les servir sur fond de haine et de racisme…
Évidemment je lance mon opinion parce que tout le monde s’en fou mais sachez qu’advenant une réponse de sa part, je n’aurais pas une fraction du bagage nécessaire à soutenir un argumentaire valable sur la question haïtienne. J’imagine que ça remet en perspective ma prétention à exposer ma grandeur d’âme et toutes mes belles valeurs mais après tout, j’ai le droit d’écrire de la marde moi aussi.
Sans rancune.
[1] Haïti, malade de ses charades, LAGACÉ, Patrick. La Presse, 30 janvier 2010.
[2] Cyrano de Bergerac, ROSTAND Edmond, Acte I, Scène IV.
[3] Idem.
février 19, 2010 à 11:00 |
Shit c’est avec toi qu’il me trompe… je le trouvait distant depuis quelques temps. Tout s’éclaire maintenant. Rends moi mon Patrick bon.
Excellent texte comme toujours mon cher!
février 22, 2010 à 11:37 |
merci beaucoup, très apprécié et je te le rend sans faire d’histoire.