Si j’étais connu je répondrais probablement ça

Les cigales et les fourmis

Dans le cadre de mes fonctions d’inconnu, il m’a été donné de lire un texte paru dans Le Devoir, cette semaine, selon lequel la mobilisation des artistes pour la cause haïtienne serait phony baloney.* J’aurais envie de dire : «Ouin, pis!».

C’est la merde à Haïti. Une semaine, deux tremblements de terre. Des millions de dollars de dommage. Pis encore, des milliers de familles décimées. Qu’ont en commun ces milliers de familles? La pauvreté. Au lendemain de cette catastrophe sans nom, partout dans le monde, on s’active. On s’active à échafauder les bases d’un plan de reconstruction qui s’étalera probablement sur des décennies. Parce que je l’ai dit en ouverture, c’est la merde à Haïti.

La merde, les Haïtiens y sont confronté jour après jour, depuis la naissance, pour la plupart. Aujourd’hui c’est pire. Ici, on dirait sans se tromper que c’est le bout de la marde. Quand surgissent des désastres d’une telle ampleur, les réactions populaires sont souvent semblables. L’apitoiement, la compassion, mais surtout, l’impuissance. On se sent mal pour les victimes, mortes oui, mais surtout vivantes, on les plaint et puis on donne une piasse et quart en allant acheter notre sac de peanuts au dépanneur en se disant qu’on fait notre part. Parce qu’après tout, on a beau souffrir pour eux, on se trouve donc pauvre nous autres itou.
De l’autre côté du star système, les artistes aussi s’activent. Les vedettes vedettisent. Elles se font aller la yeule en entrevue, elles dénoncent, elles annoncent mais rarement elles renoncent. Certains disent qu’elles le font par soucis pour leur cote de popularité, pour mousser les ventes de leur derniers albums ou pour promouvoir le prochain film dans lequel elles éclateront du talibans à coups de lance-roquettes. Peut-être. Pis après?

Je dis qu’ultimement, elles le font aussi pour nous. Leurs pauvres. Leurs pauvres prolétaires dans le besoin qui hésitent à donner plus qu’une fois, de peur de devoir se priver de peanuts. Elles sont les cigales qui chantent tout l’été en se crissant bien que la bise vienne parce qu’elles ne savent que trop que la fourmi n’est pas prêteuse. Vous auriez beau critiquer les initiatives de concerts bénéfices jusqu’à la fin des temps, je vous lancerai toujours le même argument : combien t’as ramassé toi? Je suis loin d’être une bolle de l’arithmétique, mais, selon mes calculs, plusieurs millions seront toujours plus utiles que rien du tout. En reconstruction comme aux putes, l’argent dicte l’ampleur de l’érection.

Maintenant, que Madonna se trémousse pendant deux heures en sécrétant des litres incalculables de sueur ménopausée ou que vous déterriez Michael Jackson pour le faire moonwalker attaché comme une marionnette, je m’en contre fou. Pourquoi? Parce que jamais je ne pourrais amasser le millième de ce que la Madone amassera en organisant un lave-auto avec les louveteaux de mon quartier. Il y a de ces catastrophes qui ne se règlent pas simplement en priant Baden Powell. Pour reconstruire on a besoin d’argent. Propre ou sale. Que cet argent provienne des pétrolières qui nous entubent à pompe-que-veux-tu, litre après litre ou d’une prestation live de Guy Laliberté jonglant avec des pommes-de-routes lunaires, je n’en ai strictement rien à foutre, pourvue qu’elle serve les intérêts visés. Quelles sont les autres options envisageables? Si vous étiez en Haïti et que vous mangiez chaque jours un bol d’instinct de survie en espérant que demain amène quelque chose de mieux, vous caliceriez-vous que Ron Jeremy décide d’organiser un peep-show bénéfice si les profits éjaculés servent à mettre un toit au dessus de la tête de vos enfants? C’est ce que je croyais.

Dans un monde où l’argent régis la survie, nous avons décidé, en tant que société que nous préférions donner plus de pouvoir aux artistes qu’aux médecins. La moindre des choses pour être au minimum conséquent serait d’assumer nos choix tordus et de les laisser faire ce qu’ils font le mieux, de l’argent. Pendant ce temps, questionnez-vous plutôt sur la raison pour laquelle les artistes ont autant de pouvoir. Quand j’entends Sarkozy annoncer que la France payera pour la reconstruction du palais présidentielle de René Préval, pendant que des millions d’Haïtiens meurent de faim, j’ai comme des envies de chanter We Are The World plus que La Marseillaise.

Enfin, c’est peut-être juste moi aussi…

*Quand le showbiz s’empare d’Haïti
Fabien Loszach – Doctorant en sociologie à l’UQAM 26 janvier 2010

2 réponses à “Si j’étais connu je répondrais probablement ça”

  1. Pee-Bee dit :

    Bravo

  2. Vivi dit :

    Je t’adore!

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