REQUIEM POUR UN BOTCH

mars 28, 2010

J’ai pogné le VIH.  Le Virus de l’Immunodéficience Humaine.  Le calice de SIDA.  Pour une niaiserie.  Où est-ce que j’avais la tête?  Maintenant je vais mourir et ce sera de ma faute.

Ce qu’il y a de pire c’est  le processus d’acceptation.   Pas d’accepter la maladie en soit.  D’accepter qu’on soit la personne la plus stupide de l’histoire de l’humanité.  Dealer avec la rage, la colère, la haine qu’on éprouve pour nous même.  Je m’haïs.  Estie que je m’haïs.  Je sais qu’on va me juger.  On va me prendre pour une tapette.  Je ne sais bien pas comment je vais réagir.  C’est quand même weird de penser que 5 des 6 milliards d’êtres humains sur la planète vont penser que mon principal hobby consiste à me faire marteler le derrière à coups de pubis par mon «colocataire».  Je dis 5 des 6 milliards parce qu’en Afrique tout le monde l’a le SIDA, pour eux c’est comme le cellulaire.  En fait, je me contre fou de passer pour une pédale.  À la limite je me fou presque de passer pour un Africain.  Ce qui me pourrit l’existence c’est de devoir vivre avec les remords, la culpabilité, la honte d’avoir infecté des femmes que j’aime.  Ma blonde, ma sœur, ma mère.  Si j’avais su…

Je peux tellement être naïf.  Si j’avais su, je ne l’aurais pas loué le criss de film.  Pourquoi on ne m’a jamais dit qu’on pouvait attraper le SIDA seulement en écoutant un film?  C’est bête.  Ma mère était là, ma sœur, ma blonde, elles auraient pu m’avertir, non?  J’aurais loué autre chose que Philadelphie.  C’est tu niaiseux, pogner le SIDA en écoutant un film.  J’ai mis un DVD, pas une vieille junkie de la main.  Ce qui m’étonne par contre, c’est de savoir que tout le monde en Afrique ont vu Philadelphie.  Ça doit être parce que Denzel joue dedans.  Peu importe.  Maintenant on va tous mourir et ce sera de ma faute.  Ma mère commence déjà à ressembler à Tom Hanks. 

C’est ce matin que j’ai appris qu’on utilisait le cinéma comme outil de propagation.  Avant j’étais ignorant, j’étais cave, comme vous.  Hier encore, je pensais que le cinéma ne servait qu’à des fins purement divertissantes.  Qu’on pouvait regarder un film de guerre sans se mettre à shaker comme le général Dallaire.  Je sais, j’ai honte.  Heureusement, que Jici Lauzon était là pour me ramoner le cerveau.  On a beau dire ce qu’on voudra, il l’a en ti-pépère l’affaire Jici.  Dire que pendant longtemps, j’étais convaincu qu’à part jouer dans Virginie et avoir des cicatrices d’acné sur les joues il ne servait à rien.  Erreur l’ami!  Grâce à lui et à toute sa sagesse, je sais maintenant que le seul fait de montrer des gens qui fument au cinéma, encourage les spectateurs à fumer.  Pas seulement les fumeurs!  Même ceux qui ne fument pas sont pris d’une irrésistible envie de finir leur vie dans un poumon artificiel.  T’es là, tranquille, à manger ton pop-corn et BANG! emphysème mon vieux, ça t’apprendra.  C’est ti assez fort ça!?  C’est pour ça que Jici et ses camarades de la brigade anti-tabac remettent chaque année les prix Cendrier ; parce que eux, ils savent.  Tu leurs en passes pas une vite.  Ils la connaissent la game : « T’en vois une, t’en tousse trois.»   Sacré Jici.  C’est juste dommage que je ne l’aille pas su avant.  J’aurais loué un film beaucoup moins dangereux.

Passeporc

mars 5, 2010

Les voyages forment la jeunesse.  C’est ce qu’on dit.  J’en sais rien.  Je n’ai jamais eu la chance de participer à un voyage éducatif.   En 6e année, on offrait aux élèves de mon école de visiter Boston.  À moi, on offrit de visiter un local isolé où purger calmement une suspension interne.  Même chose pour New York en secondaire IV.  On refusait de me trainer à l’extérieur du pays. Pourquoi? Parce que j’étais trop tannant, un peu hyperactif et que je disais constamment des niaiseries en classe.  Ça c’était en 6e année.  Au secondaire je vendais de la drogue, c’était plus justifiable.   

Par chance, je ne restai pas marqué par ces douloureux épisodes de réclusion.  À la fin de mes études secondaires, je poursuivis un temps mon rêve de finir mes jours en prison avant de réorienter ma carrière vers l’écrivage de niaiseries.  Pendant ce temps-là, Max, un camarade de classe, s’enrôlait dans l’armée.  Il disait que les «Forces» lui permettaient de parcourir le monde tout en développant de fortes valeurs d’entraide, de confiance et de solidarité. 

Après quelques années de services, Max a été envoyé en Afghanistan.   Fort heureusement, sa bonne étoile le garda en vie.  Seulement, en revenant au pays, il dû refuser mon invitation à aller prendre un verre parce qu’il avait autre chose à faire.  Il était accusé de viol et de torture et devait passer quelques années dans une prison militaire.  S’il avait pu, il m’aurait écrit.  Cinq ans plus tard, en sortant, il m’a raconté qu’il n’avait jamais violé ou torturé qui que ce soit.  Il avait dû accepter de prendre le blâme avec ses équipiers.  Son sergent lui avait enfoncé un gun dans yeule en lui rappelant ses fortes valeurs d’entraide, de confiance et de solidarité.

Il y a quelques semaines, on annonçait que le colonel Russell Williams avait été reconnu coupable de viol et de meurtre.  Pas en Afghanistan.  Ici, au Canada.  Un de ces hommes qui inculquent aux recrues «Forcenés» ces belles valeurs que sont l’entraide, la confiance et la solidarité est accusé de s’être introduit par effraction dans des êtres humains.  En l’apprenant, j’ai appelé Max.  Il m’a dit quelque chose d’amusant : «Une érection c’est comme une arme, c’est pas parce que t’en a une que t’es obligé de t’en servir

S’il avait été dans ma classe, je me demande si le colonel Williams aurait eu le droit d’aller à Boston et à New York, lui.

Ballade du duel qu’en l’hôtel bourguignon, Monsieur Lagacé eut avec un bélître

février 19, 2010

Ça y est.  Je suis amoureux.  Et cette fois, je l’aime d’amour.  Mon cœur, mon preux chevalier, caresses-moi encore de ta douce plume.  Je me délecte de tes mots comme du fruit défendu.  Comme j’aime quand tu m’allaites de tes opinions.  Ô mamelle idoine qui me nourrit de sa pertinence. Redis-moi encore comme les Haïtiens sont lâches.  Tu le dis si bien.  

Il s’appel Patrick.  Patrick Lagacé. C’est un journaliste.  Il écrit dans un quotidien borderline bolchévique que je ne lis pas d’ordinaire parce qu’il véhicule des idées de gauche un peu  trotskistes à mon goût.  Heureusement Patrick est différent.  C’est un maitre du consensus.  Un artiste de l’unanimité.  Un ninja de l’homogénéité.  Il vole haut dessus de toutes ambitions polémiques et lève le nez sur la perfidie pamphlétaire dont font trop souvent preuves les gazetiers.  L’intégrité il en fait son affaire.  Il ne serait pas du genre à écrire n’importe quoi simplement pour brasser de la marde, mon Patrick.  Il est tempéré comme une grosse 50.  Je n’en connais pas de plus réfléchis, à part peut-être Richard, son féal animateur aux Francs-Tireurs.

Il y a deux semaines, il m’a séduit, le coquin.  Il a réveillé en moi des sentiments que je croyais endormis à jamais en publiant un article[1] qu’on peut qualifier, sans se tromper, de bijou. 

En direct de l’archipel des sans-scrupules, groundé comme un paratonnerre, il nous lance rien de moins qu’un cri du cœur empreint de vérité sur la passivité des Haïtiens d’Haïti, les noirs surtout, et sur la corrélation entre cet avachissement et le calvaire dans lequel ils se vautrent.  Courageux dites-vous?  Bin qu’in.  Il en faut des belles grosses couilles pour écrire tout noir ce que pensent tous blancs.  Si je laissais mon cœur parler je l’appellerais prophète mon Patrick.  Mais attention.  N’allez pas croire que je me suis laissé attendrir uniquement par sa prose romanesque et son ouverture d’esprit folichonne.  Tut-tut-tut.  C’est son argumentaire qui ma conquis.  Une suite ininterrompue de preuves justificatives vitaminées servies dans un bouillon de dialectique qui aurait su faire sortir Socrate de Platon.  Exemple : «Ça commence avec votre chauffeur, qui, même s’il ne sait pas comment aller aux Cayes, va mentir et vous dire qu’il sait comment aller aux Cayes

D’autres eurent été tentés de tomber dans la facilité, dans la généralisation.  Ce serait bien mal connaitre l’élu.  Élégant comme Céladon, agile comme Scaramouche, je vous préviens, cher Mirmidon, qu’à la fin de l’envoi, il touche.[2]  

Poursuivant donc, il ouvre la ligne puis la bouche : «J’en ai assez des charades. Tout le monde fait semblant. Même moi, je fais semblant. Je fais semblant que le foutoir haïtien n’est qu’extérieur au peuple. En montrant les faiblesses de l’État, je disculpe le peuple haïtien.»  Badabing, dans la brioche!  Le tremblement de terre n’est autre qu’une pitoyable excuse derrière laquelle les Haïtiens cachent leur laxisme.  Patrick sait vous marteler de ces réflexions atteignant 3000 sur l’échelle de Richter et qui font trembler les âmes comme les shorts.  L’apothéose n’en est que plus savoureuse ; tiens bien ta broche, Laridon[3] : «Or, désolé, mais les Haïtiens, collectivement, sont d’une passivité épouvantable, déprimante et délétère. Je crois avoir décrit l’urgence avec suffisamment de compassion pour avoir le droit, ici, juste une fois, de dire que les Haïtiens participent activement à leur malheur. Par passivité, justement. […] Et nous? Continuer à aider Haïti exactement comme avant le 12 janvier, c’est créer une autre génération de misère, d’orphelins et de bullshit.»  À la fin de l’envoi, il touche.

D’aucuns vous le diront, ça sent le Pulitzer…

Je connais peu Patrick Lagacé et loin de moi l’idée de penser ne serait-ce qu’une seconde qu’il ne fait pas une job honnête.  Seulement, le papier dont je viens de vous parler n’est pas digne de ce qu’on attendrait d’un gars comme lui.  Ce n’est pas tout le lectorat de La Presse qui sait faire preuve de discernement.  Malheureusement, savoir lire ne veut pas toujours dire savoir juger.  Pourquoi aller mettre des arguments dans la bouche de gens qui en feront mauvais usage?  Pourquoi devenir une référence citée dans des conversations kukluxklaniennes?  Parce que c’est précisément ce qui risque d’arriver.  D’autres comme moi, sortiront aléatoirement des passages du texte pour les servir sur fond de haine et de racisme…

Évidemment je lance mon opinion parce que tout le monde s’en fou mais sachez qu’advenant une réponse de sa part, je n’aurais pas une fraction du bagage nécessaire à soutenir un argumentaire valable sur la question haïtienne.  J’imagine que ça remet en perspective ma prétention à exposer ma grandeur d’âme et toutes mes belles valeurs mais après tout, j’ai le droit d’écrire de la marde moi aussi. 

Sans rancune.


[1] Haïti, malade de ses charades, LAGACÉ, Patrick.  La Presse, 30 janvier 2010.

[2] Cyrano de Bergerac, ROSTAND Edmond, Acte I, Scène IV.

[3] Idem.

Joyeuse St-Valentin

février 13, 2010

Voici le message d’amour et d’espoir que je lance à tous en cette fête de l’amour.

Si je disais le contraire de ce que je pense je dirais…

février 6, 2010

Bon ok, il ne s’est pas passé grand chose cette semaine et j’avais envie d’être de mauvaise foi.  Comme la plupart des gens (3 personnes) qui ont lu mon blog la semaine dernière ont bien aimé ce que j’avais à dire sur les concerts bénéfices pour Haïti, je me suis dit…pourquoi pas dire le contraire de ce que je pense…y’a moyen d’avoir du fun.

La terre avait à peine finit de trembler une deuxième fois sur Port-au-Prince que déjà, à travers la poussière soulevée des édifices en ruines, s’élevait une silhouette.  Est-ce un oiseau?  Un avion?  Balloon Boy?  Non!  C’est Superstar!  Le héros fallacieux. Celui qui défend la veuve et l’orphelin devant les kodaks et les cheveux graissés d’Anderson Cooper.  À l’aide de ses supers pouvoirs, Superstar détectent le malheur d’autrui comme un petit orteil trouve le coin d’une table et vous organise un show bénéfice en moins de temps qu’il ne faut pour faire entrer ses couilles surdimensionnées dans un costume de spandex.  Superstar sait comment amasser des fonds.  Il se contre-calice de la tragédie.  On le briefe avant d’entrer sur scène et s’il est docile, on le récompense en prenant une photo de lui étreignant un petit négroïde.  Les grotasuniens appellent ça du P.R.

Dire que toutes ces initiatives faux-cul suintant la relation publique putréfiée, sont attribuables à un seul homme. Michel Sardou.  Vous connaissez?  Vous devriez.  C’est un fléau, une plaie, un poison qui ruine nos vies depuis quarante ans.  Le SIDA, c’était lui.  L’Éthiopie? encore lui.  Haïti, toujours lui.  Chaque fois qu’un désastre accable la Terre depuis la fin de la deuxième Grande Guerre, blâmez Michel Sardou.  Keep your friends close but your ennemies closer.  Je connais tout de Michel Sardou.  Né à Paris en 1947, il entreprit de troubler la paix sociale en 1978 en lançant son désormais funeste microsillon, En Chantant.  Véritable appel au nihilisme, les textes de cet hymne à la mort étaient marqués du démon.   La mort c’est plus marrant, c’est moins désespérant en chantant et autres successions de pointes assassines filant directement au cœur de l’harmonie fraternelle.  Désolé Michel, je ne mange pas de ce pain là.

Depuis l’holocauste musical de 78, chaque fois qu’un malheur s’abat sur la grande bleue, les vers du chant satanique de Sardou résonnent au creux d’une oreille païenne.  En chantant!  Mal interprétées, ces cris bestiaux tachés du sceau de la bête incitèrent d’autres suppôts du rythme à nous imposer leurs hypocrites mélodies dédiées à la souffrance mondiale.  C’est ainsi que dans les feux de l’enfer naquirent We Are The World, Heal The World et autres complaintes of the world dont nous nous crissons avec véhémence.  Seigneur, pardonnes-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font.

Pour protester contre ces vagues déferlantes de charité factice, j’ai décidé d’organiser ma propre levée de fond.  Un masturbothon.  Oui, oui.  Une séance de masturbation bénéfice. Un happening jamais vu depuis Diogène de Sinope.  Pour l’originalité, je torche les lave-autos de louveteaux et j’accote presque la Madone et ses sbires en termes de futilité. Mais attention.  On ne parle pas ici d’une empoignade pénienne de routine, je donne dans le grand art.  J’avais imaginé quelque chose de familial, avec feux d’artifices, orchestre symphonique et mon cul projetant des ombres chinoises dans une mise en scène de Robert Lepage, la grande classe quoi.  Combattre le mal par le mal, c’est mon crédo. Quand il était petit garçon, Sardou repassait ses leçons en chantant.  Les temps ont changé.  Quand j’étais petit garçon, je repassais mes leçons en me procurant du plaisir sur Internet.  J’irai donc purger mon organe sur la place publique et, avec un peu de chance, Ron Jeremy et autres gros membres de la colonie artistique se joindront à moi dans un effort de varlope à grand déploiement.  Les profits éjaculés serviront de mortier à la reconstruction d’Haïti. 

Donnez-généreusement.

Dans tes dents Ravary…

Bonne semaine!

Si j’étais connu je répondrais probablement ça

janvier 30, 2010

Les cigales et les fourmis

Dans le cadre de mes fonctions d’inconnu, il m’a été donné de lire un texte paru dans Le Devoir, cette semaine, selon lequel la mobilisation des artistes pour la cause haïtienne serait phony baloney.* J’aurais envie de dire : «Ouin, pis!».

C’est la merde à Haïti. Une semaine, deux tremblements de terre. Des millions de dollars de dommage. Pis encore, des milliers de familles décimées. Qu’ont en commun ces milliers de familles? La pauvreté. Au lendemain de cette catastrophe sans nom, partout dans le monde, on s’active. On s’active à échafauder les bases d’un plan de reconstruction qui s’étalera probablement sur des décennies. Parce que je l’ai dit en ouverture, c’est la merde à Haïti.

La merde, les Haïtiens y sont confronté jour après jour, depuis la naissance, pour la plupart. Aujourd’hui c’est pire. Ici, on dirait sans se tromper que c’est le bout de la marde. Quand surgissent des désastres d’une telle ampleur, les réactions populaires sont souvent semblables. L’apitoiement, la compassion, mais surtout, l’impuissance. On se sent mal pour les victimes, mortes oui, mais surtout vivantes, on les plaint et puis on donne une piasse et quart en allant acheter notre sac de peanuts au dépanneur en se disant qu’on fait notre part. Parce qu’après tout, on a beau souffrir pour eux, on se trouve donc pauvre nous autres itou.
De l’autre côté du star système, les artistes aussi s’activent. Les vedettes vedettisent. Elles se font aller la yeule en entrevue, elles dénoncent, elles annoncent mais rarement elles renoncent. Certains disent qu’elles le font par soucis pour leur cote de popularité, pour mousser les ventes de leur derniers albums ou pour promouvoir le prochain film dans lequel elles éclateront du talibans à coups de lance-roquettes. Peut-être. Pis après?

Je dis qu’ultimement, elles le font aussi pour nous. Leurs pauvres. Leurs pauvres prolétaires dans le besoin qui hésitent à donner plus qu’une fois, de peur de devoir se priver de peanuts. Elles sont les cigales qui chantent tout l’été en se crissant bien que la bise vienne parce qu’elles ne savent que trop que la fourmi n’est pas prêteuse. Vous auriez beau critiquer les initiatives de concerts bénéfices jusqu’à la fin des temps, je vous lancerai toujours le même argument : combien t’as ramassé toi? Je suis loin d’être une bolle de l’arithmétique, mais, selon mes calculs, plusieurs millions seront toujours plus utiles que rien du tout. En reconstruction comme aux putes, l’argent dicte l’ampleur de l’érection.

Maintenant, que Madonna se trémousse pendant deux heures en sécrétant des litres incalculables de sueur ménopausée ou que vous déterriez Michael Jackson pour le faire moonwalker attaché comme une marionnette, je m’en contre fou. Pourquoi? Parce que jamais je ne pourrais amasser le millième de ce que la Madone amassera en organisant un lave-auto avec les louveteaux de mon quartier. Il y a de ces catastrophes qui ne se règlent pas simplement en priant Baden Powell. Pour reconstruire on a besoin d’argent. Propre ou sale. Que cet argent provienne des pétrolières qui nous entubent à pompe-que-veux-tu, litre après litre ou d’une prestation live de Guy Laliberté jonglant avec des pommes-de-routes lunaires, je n’en ai strictement rien à foutre, pourvue qu’elle serve les intérêts visés. Quelles sont les autres options envisageables? Si vous étiez en Haïti et que vous mangiez chaque jours un bol d’instinct de survie en espérant que demain amène quelque chose de mieux, vous caliceriez-vous que Ron Jeremy décide d’organiser un peep-show bénéfice si les profits éjaculés servent à mettre un toit au dessus de la tête de vos enfants? C’est ce que je croyais.

Dans un monde où l’argent régis la survie, nous avons décidé, en tant que société que nous préférions donner plus de pouvoir aux artistes qu’aux médecins. La moindre des choses pour être au minimum conséquent serait d’assumer nos choix tordus et de les laisser faire ce qu’ils font le mieux, de l’argent. Pendant ce temps, questionnez-vous plutôt sur la raison pour laquelle les artistes ont autant de pouvoir. Quand j’entends Sarkozy annoncer que la France payera pour la reconstruction du palais présidentielle de René Préval, pendant que des millions d’Haïtiens meurent de faim, j’ai comme des envies de chanter We Are The World plus que La Marseillaise.

Enfin, c’est peut-être juste moi aussi…

*Quand le showbiz s’empare d’Haïti
Fabien Loszach – Doctorant en sociologie à l’UQAM 26 janvier 2010

Vous n’étiez pas là mais j’ai dit ça cet automne

janvier 30, 2010

Le dernier des gauchers est mort

 Ma blonde m’a laissé.  Tout est fini.  Évaporés : les projets, les rêves, la promesse d’un avenir meilleur.  Qu’est-ce que je peux y faire ? Me battre ?  Je ne peux quand même pas la forcer à y croire.  Je préfère rester assis sur mon sofa en espérant, qu’un jour, la douleur s’estompe d’elle-même.

 Pendant que je suis à vous vomir ces quelques lignes en pleurant comme un hot-dog, entre les grosses mains de Denis Coderre, je lis le journal.  Je lis, c’est un grand mot.  J’essaie tant bien que mal de déchiffrer au maximum, à travers les larmes.  En attendant que les inventeux du Shamwow© me gossent des wipers pour les yeux, c’est le mieux que je puisse faire. 

 Pierre Falardeau est mort. 

 Calice !  Il a mal choisi son moment, je pleurais déjà.  Maintenant, pour le restant de ma vie, je vais vivre dans le doute.  Est-ce que j’aurais pleuré en apprenant le décès du numéro 2 dans mon palmarès de cinéastes préférés ?  Probablement.  Je pleure tout le temps, de toute façon.  Mais je n’en serai jamais vraiment certain.  Une chose est sûre, j’ai de la peine. 

 Avant qu’elle me sacre là, ma blonde m’avait donné une sorte d’avertissement.  Elle disait que j’étais rendu plate.  J’étais devenu centré.  Centré sur elle mais centré quand même.  Elle m’avait aimé gaucher, pas centré. 

 Elle, c’était une bonne fille.  Une droitière, qui ne dit jamais un mot plus haut que l’autre.  Dépendante, influençable, qui a peur de choquer ou de faire de la peine aux autres, réservée, sans opinion, délicate, chaste et pure, une vraie belle fleur de lys !  Quand je l’ai connue -c’était il y a cinq ans- j’étais gaucher, comme Falardeau.

 Falardeau était un modèle pour les gauchers.  C’était un vrai.  Parce qu’il y a des faux gauchers.  Des centrés qui se ramassent gauchers parce qu’ils sont moins droitiers que les autres. Les vrais gauchers ne font jamais les choses à moitié.  Falardeau était de ceux-là. Vous auriez pu lui taper sur les doigts à coups de batte qu’il n’aurait pas changé sa plume de main.  C’était un homme intelligent, Falardeau.  Un intellectuel qui avait le tour de passer pour un imbécile.  Le stéréotype même du gaucher qui fait les choses gauchement.  Un génie qui ne pouvait s’empêcher de gâcher ses textes les plus pertinents en laissant traîner sur l’encre fraîche, son grossier bras de gaucher. 

 Règle générale, les gauchers finissent, tôt ou tard, par se centrer.  Parce qu’ils se blasent ou parce qu’ils en ont leur truck de se faire taper sur leurs doigts de gaucher.  Ça a presque été mon cas.  Après avoir rencontré celle qui allait éventuellement me crisser là, au bout de quelques années dans mon petit confort, j’avais commencé à me centrer.  Le problème des gauchers quand ils abandonnent leur gaucherie, c’est qu’ils cherchent quelque chose à faire de leur main nouvellement libre.  Le plus souvent ils vont l’utiliser pour se fouiller dans le nez ou pour gracieusement se pogner le cul.  Ça a été mon erreur.  Quand ma belle fleur de lys a vu que je me centrais, elle a commencé à se faner.  Parce que les fleurs de lys ont besoin d’entendre crier les gauchers, ça les brasse, ça les aide à grandir.  La journée où j’ai arrêté de crier, j’ai perdu ma belle fleur de lys. 

 Heureusement que Falardeau, lui, n’a jamais arrêté de crier.  Jusqu’à son dernier souffle, il a crié ses «gauchèretés».  Même les droitiers aimaient l’écouter crier parce qu’il s’emportait et se tirait dans le pied en salissant son message.  Ils le trouvaient fou.  Lui se confortait en se disant : «Ça se peut bien que je sois devenu le bouffon de service.  Mais dans la cour du roi, le fou, c’est encore le seul qui pouvait dire des vraies affaires.»  

 Le dernier des gauchers est mort.  C’est ironique, il a passé sa vie avec l’arme à gauche. 

 J’ai peur que la perte du dernier gaucher nuise aux fleurs de lys.  Elles ont besoin d’entendre crier pour grandir.  Je n’ai pas envie de voir d’autres fleurs de lys se faner.  À l’ère des ambidextres est-ce qu’un autre gaucher viendra prendre la relève ?  Et si c’était moi ?  Il faudrait que je me lève de mon sofa.  François Avard disait que : « Le problème avec les gens assis sur des sofas, c’est qu’on ne peut pas leur botter le cul.»  Si vous cherchez le mien, je serai en train de crier dans mon jardin.


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